Ancien producteur de concerts, Sylvain Mustaki préside aujourd'hui l'Observatoire du Partage, l'association qui porte la Bibliothèque d'Objets de Montreuil. Plus de 1 000 objets prêtés chaque mois, des centaines d'objets réparés chaque année, et désormais un réseau qui s'étend sur tout le territoire d'Est Ensemble. Rencontre avec un membre du Club qui préfère l'accès à la possession.
L'histoire de l'hippopotame qui chante
Un jour, entre deux réparations de grille-pain, l'atelier de co-réparation de la BOM reçoit une demande inhabituelle : un hippopotame qui chante. Sa propriétaire le garde depuis plus de vingt ans et y tient particulièrement.
« Tout le monde était autour de la table pour voir si l'hippopotame allait chanter de nouveau », raconte Sylvain. Réparation réussie : la dame est repartie ravie, son hippopotame chantant sous le bras.
C'est peut-être la meilleure façon de raconter la BOM : un lieu où l'on prête et où l'on répare, mais surtout un lieu où l'on se retrouve autour des objets.
Un atelier de co-réparation à la BOM.
Qui êtes-vous ?
Je suis Sylvain Mustaki. Dans une vie antérieure, j'ai été producteur de concerts et organisateur d'événements comme SOS Racisme ou Rock Sans Papiers. Je suis aujourd'hui président de l'association L'Observatoire du Partage, qui porte le projet de la Bibliothèque d'Objets de Montreuil, la BOM.
La BOM, c'est quoi ?
La BOM prête à ses adhérent·es des objets du quotidien d'utilisation rare ou ponctuelle : bricolage, jardinage, puériculture, cuisine, loisirs… Il devient donc inutile de les acheter. Ce faisant, nous évitons des productions et des déchets, et nous faisons faire des économies à nos adhérent·es.
Mais la BOM est aussi un lieu de vie partagé, où s'échangent des savoirs et où des ateliers de co-réparation réparent des centaines d'objets par an. En encourageant la mutualisation plutôt que l'achat, notre association promeut de nouveaux modes de consommation responsables, tout en créant du lien social, convivial et inclusif.
Pour vous, qu'est-ce que la durabilité ?
La durabilité consiste à concevoir et fabriquer les objets de telle façon qu'ils servent longtemps sans souci, et que les entretiens ou réparations nécessaires soient possibles et faciles.
Et emprunter plutôt qu'acheter nous fait comprendre que nous n'avons pas besoin d'une perceuse, mais d'un trou dans le mur !
De Montreuil à Est Ensemble : comment change-t-on d'échelle ?
L'envie d'élargir notre champ d'action est venue naturellement avec le succès de la BOM historique, qui prête aujourd'hui plus de 1 000 objets par mois. Au-delà de Montreuil, la première collectivité à nos côtés est l'établissement public territorial Est Ensemble, qui a manifesté son désir de soutenir le projet.
L'ouverture à la Fabrique de l'Émancipation, à Romainville, ne date que de quelques mois : nous avons encore beaucoup à apprendre.
La BOM historique, à Montreuil.
Le défi que vous n'avez pas encore relevé ?
Nous avons un cap de notoriété et de reconnaissance à franchir. Le concept reste globalement méconnu en France.
Qu'attendez-vous des pouvoirs publics ?
Comme les bibliothèques de livres, les bibliothèques d'objets remplissent une mission de service public. Une fois qu'elles auront prouvé la validité du modèle, elles devraient donc être prises en charge par les collectivités plutôt que par des associations.
Une rencontre qui vous a marqué ?
Le professeur Serge Latouche nous a fait l'honneur d'une conférence inaugurale à l'ouverture de la BOM.
Pourquoi la BOM a-t-elle rejoint le Club de la Durabilité ?
Parce qu'au-delà d'un impact local, nous voulons apporter notre contribution à un mouvement global de transformation, qui ne peut advenir que par une action collective.
À quoi ressemblera une économie durable en 2050 ?
Je ne sais pas ! J'espère juste, pour mes enfants et petits-enfants, qu'elle sera vivable.
En savoir plus : bom93.com
