Quel est votre rôle chez Fnac Darty ?
Je m’occupe de déployer à l’international notre modèle autour de la réparation et des services. Mon objectif est simple : faire durer les produits le plus longtemps possible, au lieu de les remplacer au premier problème.
Fnac Darty a lancé le “passeport digital des produits électroménagers”. Comment cela fonctionne-t-il ?
Le passeport digital, c’est un carnet d’entretien numérique du produit. On le retrouve en scannant un QR code collé sur l’appareil. Il donne les infos essentielles (référence, numéro de série…), et surtout il garde l’historique : achat, réparations, pièces changées, reconditionnement, tests… Et il renvoie vers des services utiles : la notice, des conseils d’entretien, ou une demande d’intervention.
Pour l’instant, il est déployé sur le gros électroménager chez Darty. Si vous achetez ou faites réparer un lave-linge ou un frigo sur darty.com ou en magasin — neuf ou « seconde vie », quelle que soit la marque — il sera équipé d’un passeport, posé par les livreurs ou les techniciens. Sur certains produits Thomson ou Proline, le QR code est même apposé dès l’usine, pour suivre le produit tout au long de sa vie.
En quoi le passeport digital peut-il aider à l’allongement de la durée de vie des produits ?
D’abord, parce que beaucoup de pannes viennent d’un manque d’entretien… souvent par manque d’info. La notice papier se perd, et on ne sait plus quoi faire. Avec le passeport, on retrouve tout de suite la notice et les bons gestes d’entretien. Ça évite des pannes bêtes, et ça fait durer.
Ensuite, pour le reconditionné, c’est un vrai plus : un produit d’occasion sans historique, c’est comme une voiture sans carnet d’entretien. Le passeport rassure, parce qu’il montre ce qui a été fait et testé. Et côté réparation, il peut faire gagner du temps : on voit l’historique et on accède plus vite à la bonne documentation.
Plus largement, l’idée est d’avoir une base commune pour toute la filière : marques, réparateurs, distributeurs, recycleurs. Si tout le monde parle le même “langage”, on répare plus facilement, on réemploie mieux, et on évite de jeter trop vite.
Avez-vous eu des retours clients sur cet outil ?
Oui, et c’est très encourageant. Les gens aiment l’idée de ne plus être dans le flou : ils scannent, ils retrouvent la notice, les conseils, et l’historique du produit. Pour la seconde vie, c’est aussi un vrai signal de confiance.
Quels sont les prochains chantiers sur le sujet ?
Le prochain gros chantier, c’est de passer à l’échelle. Si chaque acteur crée son propre passeport, on va surtout perdre les gens. Il faut un modèle commun, des règles partagées, pour que le passeport soit lisible partout — et vraiment utile.
Avec nos partenaires ecosystem, Beko, Arianee et GS1, on a choisi une solution ouverte et open source. L’idée : que ce soit simple à adopter, et que ça profite à toute la filière, pas à un seul acteur.
On veut aussi étendre le passeport à d’autres produits, et le rendre compatible avec les règles européennes à venir (l’ESPR, qui va cadrer le “passeport produit” dans l’UE). Et surtout, enrichir le contenu au fil du temps, pour que ce soit toujours plus simple d’entretenir, réparer et donner une seconde vie.
Qu’est-ce qui, personnellement, vous a donné envie de travailler sur les sujets de durabilité et d'allongement de durée de vie des produits ?
Très concrètement, je suis convaincu qu’on doit sortir du réflexe “on jette, on rachète”. On vit une période où tout se télescope : climat, tensions sur les ressources, crises géopolitiques, pouvoir d’achat. Dans ce contexte, faire durer les produits, c’est un levier simple et immédiat : on réduit l’impact environnemental, on dépense moins, et on remet de l’activité et des emplois dans les territoires via la réparation. Et, au fond, c’est aussi une question de bon sens : redonner de la valeur aux objets, plutôt que de les traiter comme du jetable.
Chez Fnac Darty, plus de 90 % de notre impact environnemental vient des produits que nous vendons, pas de nos magasins ni de notre logistique. La fabrication d’un appareil représente environ 70 % de son impact sur tout son cycle de vie. Allonger la durée de vie des produits permet donc d’en produire moins et de réduire leur impact. De plus, réparer et favoriser l’économie circulaire crée des emplois locaux, qui ne peuvent pas être délocalisés. En résumé, ces initiatives sont bénéfiques à tous les niveaux.
Comment imaginez-vous une économie durable en 2050 ?
En 2050, j'espère une économie où le confort ne dépendra plus du gaspillage : on consommera moins de matières premières, on concevra des produits robustes, réparables et évolutifs, et l’entretien et la réparation seront rendus faciles, avec une information claire, des pièces disponibles et une réparation à un prix raisonnable. Le réemploi et le reconditionné seront devenus des réflexes, et le recyclage sera redevenu ce qu’il devrait être : la dernière étape, pas la solution par défaut.
